série Radiographies

2005-2011

radioraphies sur papier imprimé

 

“ Et lentement, avec un reflet laiteux, comme une fenêtre qui s’éclaire, surgit de l’obscurité le pale rectangle de l’écran (…) qui permettait de voir à l’intérieur d’un organisme humain.

(…)

Il étudiait les tâches et les lignes, le moutonnement noir dans la cavité intérieure de la poitrine, tandis que son compagnon ne se lassait pas advantage d’explorer la forme sépulcrale (…) et ses ossements de cadavre, cette charpente denudée et ce memento d’une maigreur de fuseau. Les respect et la terreur l’étreignirent. “Oui, oui, je vois, dit-il plusieurs fois. Seigneur je vois.” Il avait entendu parler d’une femme, d’une parente, depuis longtemps décédée (…) qui avait été douée ou affligée d’un don particulier : les gens qui devaient bientôt mourir lui apparaissaient comme des squelettes.

(…)

Il vit (…) ce qui, en somme, n’est pas fait pour être vu par l’homme, et ce qu’il n’avait jamais pensé qu’il fût appelé à voir ; il regarda dans sa propre tombe. Cette future besogne de la decomposition il la vit, prefigure par la force de la lumière, la chair dans laquelle il vivait, decompose, anéantie, dissolute en un brouillard inexistent, et, au milieu de cela, le squelette, fignolé avec soin, de sa main droite, autour de l’annulaire duquel son anneau, qui lui venait de son grand-père, flottait, noir et lâche : un objet dur de cette terre, avec quoi l’homme pare son corps qui est destine à disparaître, de sorte que, redevenu libre, il aille vers une autre chair qui pourra le porter un nouveau laps de temps. (…) avec des yeux penetrants de visionnaire, et pour la première fois de sa vie, il comprit qu’il mourrait.”

 

Thomas Mann, La Montagne Magique

 

 

 

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